Résumé :
- En 2024, la France a accueilli plus de 100 millions de touristes étrangers. En y ajoutant les 200 M de touristes français voyageant en France, il s’agit d’un secteur clef mais aussi stratégique qui représente 7 % de l’emploi privé et 4 % du PIB.
- La France reste alors la première destination touristique au monde en volume, mais 4e en valeur avec 71 Mds USD de recettes du tourisme international.
- Le panier moyen de dépenses par touriste étranger relativement faible représente à la fois une force, en ayant favorisé la reprise postpandémie, mais aussi une faiblesse, car il pèse sur la rentabilité du secteur et, à terme, limite les capacités d’investissement nécessaires pour améliorer et renouveler l’offre.
- Le rôle des pouvoirs publics devient alors central pour garder une vision stratégique quant aux arbitrages à prendre, comme par exemple, entre la nécessité d’accroitre le panier moyen tout en maitrisant les conséquences sur l’empreinte carbone et le tourisme domestique.

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En 2015, Jean-Marc Ayrault, alors chef de la diplomatie française, avait fixé l’objectif d’atteindre 100 millions d’arrivées de touristes internationales en France à l’horizon 2020[1]. A l’époque, la France était déjà le premier pays récepteur en volume avec 84 M d’arrivées de touristes étrangers[2] mais l’objectif semblait déjà ambitieux : avec une croissance annuelle moyenne de + 1 % sur 10 ans, la France accueillait 90 millions de touristes étrangers en 2019.
Ironie du sort, 2020 et 2021 allaient surtout voir un arrêt total des flux avec la fermeture des frontières et des mesures de confinement pendant plusieurs mois. Après deux années de perturbations en raison de la pandémie divisant les arrivées de touristes étrangers par deux (42 M en 2020 et 48 M en 2021, cf. graphique ci-dessous), cet objectif fixé il y a 10 ans, semble aujourd’hui atteint, avec certes, un peu de retard.
Un nouveau sommet pour le tourisme français
La France reste la première destination touristique au monde en volume, atteignant la barre des 100 M d’arrivées de touristes internationaux en 2023, loin devant l’Espagne (85 M) ou les États-Unis (66 M), mais seulement 4e en valeur avec 71 Mds USD de recettes du tourisme international en 2023 (63 Mds €), derrière les États-Unis (189 Mds USD), l’Espagne (92 Mds USD) et le Royaume-Uni (74 Mds USD). Si en 2024, l’élan donné par les Jeux olympiques, les 80 ans du Débarquement de Normandie ou la réouverture de Notre-Dame de Paris ont permis à la France d’accueillir 102 M de touristes étrangers et de cumuler 71 Mds € de recettes, le panier moyen[3] de dépenses (700 € ou 750 USD par touriste) reste faible par rapport à d’autres destinations comparables ou ses voisins (cf. tableau ci-dessous avec les chiffres de 2023).
Tourisme international en France
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Champ : France entière.
Source : Organisation mondiale du tourisme de 2004 à 2023 et Atout France pour 2024.
Chiffres clefs du tourisme international en France et ses voisins en 2023

Source : Faits saillants du tourisme, édition 2024 (Organisation mondiale du tourisme)
Un panier moyen qui reste faible : une épine dans le pied du secteur ?
La France semble ainsi avoir réalisé un vrai rebond postpandémie : les arrivées internationales vers l’hexagone ont augmenté de + 10 % par rapport à 2019, là où elles ont baissé ou stagné dans les pays voisins mais aussi dans le monde en 5 ans (1,5 Mds de touristes internationaux dans le monde en 2024 stable par rapport à 2019). Or, si les recettes du tourisme international ont elles aussi augmenté en France (+ 12 %), leur hausse est plus importante dans la plupart des pays voisins, même lorsqu’ils ont enregistré une baisse en volume (entre – 12 % en Allemagne et + 2 % en Espagne). Comment expliquer alors une hausse des recettes plus importante chez les voisins conjointe avec des arrivées en baisse (Italie, Royaume-Uni, Suisse) ou quasi-étales (Espagne) ?
Indice harmonisé des prix à la consommation en France et ses voisins en 2024, (base 100 en 2015[4])

Lecture : les prix de référence pour 2015 sont égaux à 100. Si l’indice affiche 126 en 2024, cela veut dire que les prix ont augmenté de +26 % entre 2015 et 2024
Source : Eurostat.
Une première explication peut porter sur les prix. En effet, des prix plus élevés, notamment ceux des services touristiques, engendrent mécaniquement un panier moyen plus important. Si la France a suivi une trajectoire inflationniste assez similaire à l’ensemble de la Zone euro (respectivement + 23 % et + 26 % entre 2015 et 2024, cf. graphique ci-dessus), les prix de l’hôtellerie et de la restauration et des services d’hébergement y ont augmenté moins que chez ses voisins, à l’exception de la Suisse. La hausse des prix dans le secteur touristique en France reste alors relativement plus maitrisée d’une courte tête, à l’exception de ceux des services des agences de voyage, qui concernent en particulier les longs courriers, qui engendre également des surcouts en termes d’empreinte carbone (cf. infra). Mais ce n’est probablement pas ici le facteur déterminant pour expliquer une telle différence du panier moyen.
Une deuxième façon d’augmenter les recettes avec autant ou moins de touristes peut porter sur la nature de la clientèle, en ciblant ceux qui ont un panier moyen plus élevé ou un budget plus important. Pour la France, hormis le tourisme de luxe, où les nuitées hôtelières dans les 4-5 étoiles sont en hausse sur les 15 dernières années[5], c’est aussi le cas des touristes provenant des pays émetteurs lointains, notamment d’Asie, qui ont justement reculé ces dernières années[6]. Ainsi, des campagnes ou des accords ciblant ces pays pourraient permettre d’améliorer le panier moyen de dépenses et mécaniquement les recettes du tourisme international.
Indice annuel des prix à la consommation et panier moyen par touriste en France

Champ : France entière
Source : Insee, Organisation mondiale du tourisme.
Même si le panier moyen progresse – quoique faiblement même en termes réels – il reste faible et les recettes progressent moins vite que dans certains pays voisins. Se pose alors la question de la rentabilité du secteur, et avec elle, celle de l’investissement nécessaire afin d’améliorer, de renouveler et d’adapter l’offre. En effet, en 2023, plus de 290 000 entreprises du secteur de l’hébergement & restauration ont un généré un chiffre d’affaires hors taxe de 135 Mds € (soit 460 000 € par entreprise, contre près de 1 M € par entreprise tous secteurs confondus) et un résultat net comptable de 8,4 Mds € (soit 28 000 € par entreprise, contre 60 000 € par entreprise tous secteurs confondus). Malgré tout, le résultat net comptable s’est considérablement amélioré par rapport à 2022 (5 Mds €, soit 17 000 € par entreprise)[7]. A titre de comparaison avec les autres pays, l’excédent brut d’exploitation moyen par entreprise en France reste comparable avec celui de l’Espagne ou de l’Italie pour le commerce de détail (environ 50 000 € par entreprise) mais très inférieur à l’ensemble de ses voisins dans l’hôtellerie (165 000 €) et la restauration (25 000 €).
Excédent brut d’exploitation (EBE) moyen par entreprise en France et ses voisins en 2023 (€)

Source : Eurostat, statistiques d’entreprises.
Quand la géographie définit le destin
Pourtant, ce talon d’Achille côté « offre », déploré par certains professionnels du secteur, est aussi une force côté « demande » comme le montre l’évolution en volume et le rebond postpandémie. Or il est aussi lié aux particularités géographiques et culturelles de la France. Car si une hausse des prix engendrerait mécaniquement une amélioration du panier moyen – comme ce fut le cas en 2008 ou en 2023[8] – cela induirait aussi nécessairement une perte de compétitivité à l’international mais aussi une perte de pouvoir d’achat pour les touristes français qui voyagent beaucoup au sein de leur propre pays.
En effet, en 2024, 203 M de touristes français ont effectué des séjours en France (soit 3 séjours domestiques par personne en moyenne dans l’année, compte tenu d’une population de 67 M) et seulement 36 M de départs à l’étranger. Avec des départs à l’étranger qui ne représentent que 1/6 des séjours touristiques, les Français privilégient alors avant tout des séjours touristiques domestiques, là où les Britanniques et les Italiens font quasiment autant de séjours à l’étranger que dans leur propre pays. Parmi les voisins, seuls les Espagnols ont un comportement similaire aux Français, avec des départs à l’étranger ne représentant que 1/7 du tourisme domestique.
Chiffres clefs du tourisme domestique et émetteur en France et ses voisins en 2024

Source : Organisation mondiale du tourisme
Ensuite, la France, par sa position géographique, est aussi un pays de passage, au confluent de grands axes touristiques, avec 6/10 des arrivées internationales provenant des pays voisins qui reçoivent 1/5 du tourisme international. Cela engendre non seulement des durées moyennes de séjours plus courtes (2,6 jours en moyenne pour les non-résidents dans les hébergements touristiques, contre 4,1 en Espagne ou 3,4 en Italie en 2024) avec un tourisme de passage important mais aussi un tourisme « d’habitués » avec des voyageurs qui reviennent régulièrement et qui, ainsi, peuvent avoir plus souvent tendance à séjourner dans des hébergements non marchands (famille, amis, résidences secondaires…). Ces derniers comptent pour la moitié des nuitées touristiques annuelles en 2023[9].
Dernièrement et conjointement aux deux phénomènes cités – la forte propension des Français à privilégier la destination France et la position géographique du pays – le tourisme français s’est aussi construit autour d’une culture du voyage ancienne, enracinée et accessible, afin de permettre aux résidents comme aux étrangers d’accéder à la richesse et la diversité du patrimoine – culturel, historique, naturel, gastronomique… – français. Il en résulte un comportement de voyage récurrent[10] et une perception des Français positive du tourisme et des touristes[11].
Alors comment agir ?
Avec un poids économique considérable – 71 milliards d’euros de recettes dans la balance commerciale, 7 % de l’emploi[12] et 3,8 % du PIB[13] – le tourisme s’affirme alors comme un secteur stratégique. Il contribue non seulement au rayonnement international de la France, mais aussi au développement local des territoires, au bien-être des Français et au renforcement des liens interculturels.
Or, la pandémie a montré en 2020-21, que le secteur pouvait subitement venir à l’arrêt, un risque aujourd’hui accru dans un climat de tensions géopolitiques. La taille du marché domestique et de proximité devient alors non seulement un filet de sécurité contre ces éventuels chocs exogènes mais aussi un facteur limitant l’explosion de l’empreinte carbone. En effet, le secteur représenterait 11 % des émissions de gaz à effet de serre françaises selon l’ADEME (dont 7/10 liés au transport des voyageurs) et les territoires touristiques comptabiliseraient des niveaux de consommation d’énergie, d’eau et de production de déchets supérieurs.
En revanche, il serait probablement aussi contreproductif de délaisser le tourisme long courrier. La France a besoin de politiques ciblant les marchés lointains non seulement pour une diversification des risques mais aussi pour accroitre le panier moyen et ses recettes : facilitation / accélération de la délivrance des visas, campagnes de promotion ciblées, soutien aux agences de voyage et renforcement des partenariats locaux, formation pour l’accueil des touristes…
Surface de locaux d’hébergement hôtelier autorisées et commencées

Champ : France entière
Source : ministère de l’Aménagement du territoire et de la Transition écologique (base Sitadel2).
Finalement, de plus en plus d’entreprises innovantes proposent des solutions pour une meilleure gestion des flux touristiques, l’intégration de critères écologiques dans le choix des hébergements, le recyclage des eaux usées ou la mise en place d’expériences plus authentiques, immersives ou nouvelles (slow tourisme, écotourisme…). Le rôle des pouvoirs publics devient alors essentiel pour soutenir et financer ces entreprises et encourager les investissements nécessaires pour soutenir la transformation durable du secteur et le renouvellement du parc. En 2023, 520 000 m² de locaux d’hébergements hôteliers ont été mis en chantier contre 710 000 m² en 2017 (en baisse continue depuis, cf. graphique ci-dessus).
Si cette baisse tendancielle des mises en chantier est aussi vraisemblablement une conséquence de l’accroissement des services de locations entre particuliers, le rôle des pouvoirs publics devient alors central pour garder une vision stratégique quant aux arbitrages à prendre, comme par exemple, entre la nécessité d’accroitre le panier moyen tout en maitrisant les conséquences sur l’empreinte carbone et le tourisme domestique.
L’implémentation de visas délivrés en 24H pour les groupes de touristes chinois en est un exemple (en l’occurrence davantage portée sur le panier moyen que le cout environnemental), ou plus anciennement, la Mission Racine dans les années 1960 pour tenter de retenir en France certains touristes en direction de l’Espagne.
[1] Prononcé le 10 mai 2016 – Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et | vie-publique.fr
[2] En excluant les excursionnistes (visiteur étranger dont le séjour ne comporte aucune nuitée dans le pays visité là où le touriste passe au moins une nuit dans le pays visité) et les touristes français
[3] Dépense moyenne par touriste étranger sur le territoire.
[5] Nuitées dans l’hôtellerie – 4 et 5 étoiles – France métropolitaine | Insee
[6] Poids du tourisme dans l’économie française | Atout France
[7] Données Insee (ESANE). A noter que l’hébergement & restauration ne couvre qu’une partie des secteurs caractéristiques du tourisme.
[8] Touristes étrangers : des dépenses record… la France 1ère destination mondiale ? – Protourisme
[9] Poids du tourisme dans l’économie française | Atout France
[10] Quels sont les Français qui voyagent ? – Insee Focus – 310
[11] Etude Atout France sur la perception du tourisme par les résidents français | Atout France
[12] L’essentiel sur… le tourisme | Insee
[13] La part du tourisme dans le PIB en 2023 – Insee Focus – 369